Quel Avenir Pour les Retraites ?

Source de l’article: Rivarol

Il va bien falloir un jour que les politiciens se résignent à annoncer aux Français ce qui les attend en matière de retraite, à moins qu’ils ne choisissent, ce qui est fort probable, de laisser lâchement s’étioler la situation, misant, non sans raison, sur la passivité légendaire de nos contemporains. La fausse alternative, ingénument et surtout hypocritement répétée de manière cyclique, laissant entendre qu’il suffirait, pour préserver au mieux la situation, de procéder au choix épineux entre allongement de la durée de cotisation, baisse des pensions ou hausse des prélèvements n’a que trop duré. Non seulement chacun sait, dans ce que Coluche surnommait avec dérision les « milieux autorisés », qu’il faudra user et sans doute abuser simultanément des trois leviers ensemble mais encore chacun devrait aujourd’hui avoir observé que les pensions sont déjà désindexées de l’inflation, les cotisations en hausse et la durée de la vie professionnelle allongée. Ce qui n’empêche d’ailleurs nulle- ment le déficit général de continuer à galoper à hauteur d’environ 3,7 milliards d’euros pour cette année. Les réformes se succèdent sans avoir le moins du monde réglé, même un tant soit peu, le problème de la pérennité du système de retraite par répartition. Sans parler du déficit de la retraite complémentaire des cadres dont les réserves seront asséchées en 2017, dans moins de trois ans. La fausse alternative s’avère donc n’être qu’un leurre destiné à endormir nos concitoyens sur une réalité catastrophique qu’aucun politique n’ose aborder de front. Un système de retraite par répartition — les cotisations d’aujourd’hui financent les actuels retraités — s’appuie essentiellement sur l’équilibre entre cotisants et ayants-droit et dans ce domaine, la démographie impose, au-delà des volontés et théories en tous genres, ses implacables lois contre lesquelles les gesticulations et contorsions humaines semblent bien dérisoires. Le vieillissement constaté de la population, inéluctable semble-t-il et source d’une importante et défavorable modification de l’équilibre entre cotisants et ayants-droit, résulte essentiellement des deux facteurs combinés s’aggravant l’un l’autre : un faible taux de fécondité et une espérance de vie nettement améliorée. Clef de voûte d’un système de retraite par répartition, l’état démographique d’une nation permet d’anticiper assez précisément l’équilibre ou le déséquilibre du régime pour les décennies à venir et c’est bien l’analyse du rapport entre le nombre d’actifs et de non-actifs qui présume de la pérennité du régime. Quelques chiffres très simples suffisent à appréhender un problème par ailleurs complexe à plusieurs variables connues. Selon l’INED, si un habitant sur cinq était âgé de plus de 60 ans en 2005, ce sera un sur trois en 2050, sans parler du quadruplement, sur la même période, des plus de 85 ans. Soit dit en passant, ces données chiffrées, notamment la dernière, éclairent d’une lumière un peu crue les enjeux souterrains du débat sur l’euthanasie, débat que l’on nous présente, bien entendu, comme éthique et dans l’intérêt exclusif des malades et personnes âgées. Comme dans bien d’autres domaines et notamment les sujets de société, les nuées philosophiques et éthiques des tenants de la culture de mort peinent à camoufler les calculs les plus inavouables et le tintement du tiroir-caisse. Parallèlement à ce vieillissement accéléré de la population, le taux de population active en France de ceux que l’on nomme les “seniors”, se limite à 44,4 % incluant 2,9 % de chômeurs, ce qui signifie que seuls 41,5 % de nos compatriotes âgés de 55 à 64 ans se trouvent encore en situation d’emploi. Et encore la situation s’est-elle améliorée puisque seuls 38 % des salariés de cette tranche d’âge se trouvaient en situation de travail en 2009. La moyenne dans l’Union européenne s’élève à 47,4 %, inférieure par conséquent à l’objectif de 50 % préconisé dans le Traité de Lisbonne. Il s’agit pourtant, évidemment, du levier essentiel à la maîtrise des dépenses de retraite. Aujourd’hui, force est de constater le naufrage du régime général de retraite cumulant à ce jour une dette de 21,3 milliards d’euros transférée à la CADES (Caisse d’amortissement de la dette sociale) qui ne pourra que la répercuter sur les générations à venir. Nos retraites, comme notre protection sociale en général, au premier rang de laquelle la protection santé, ne sont maintenues, hier comme aujourd’hui, qu’à coups de crédits et par conséquent d’endettement. Selon les prévisions de l’Unedic elle-même, malgré les réformes évoquées, le déficit du régime général de retraite devrait encore s’élever, comme nous l’avons mentionné, à 3,7 milliards en 2014, 4 milliards en 2015, 3,6 milliards en 2016 et ainsi de suite. Le gouffre béant de la dette sociale n’en finit plus de s’agrandir et non seulement nous n’en sommes pas aux prémices d’un commence- ment de remboursement, ni même à une stabilisation mais nous continuons à financer de plus en plus péniblement un niveau de vie en baisse avec un argent qu’il nous faut encore pourtant emprunter sur les marchés. Jusqu’à quand ?

Des politiciens énarques nous expliquent doctement qu’il va falloir travailler plus long- temps, sans d’ailleurs nous expliquer com- ment et dans quelles entreprises puisque, en France, comme nous l’avons vu, seuls 41 % des hommes et des femmes de plus de 55 ans sont en situation de travail. La France se situe sur ce sujet en queue de peloton de l’Europe, au 18e rang pour être précis. Donc, on nous explique qu’il va falloir travailler au-delà de 60 ans alors que 59 % des hommes et femmes ne sont déjà plus dans le circuit de l’emploi à 55 ans. L’hypocrisie est de taille. Cela signifie surtout que 59 % des salariés subissent déjà aujourd’hui des retraites in- complètes, voire très incomplètes, et que par conséquent reculer l’âge des retraites revient à amoindrir encore, mécaniquement, le montant de ces pensions puisqu’il manquera encore et toujours plus d’annuités aux salariés trop tôt débarqués du monde du travail. Le recul de l’âge de la retraite ne signifie donc pas tra- vailler plus longtemps dans des entreprises qui n’embauchent plus après 40 ans, mais tout simplement se retrouver avec une retraite plus amputée encore. Il s’agit d’un calcul théorique, arithmétique et technocratique appuyé par une argumentation spécieuse. Il conviendrait de remplacer la proposition elliptique du genre « pour équilibrer les caisses de retraite, les salariés travailleront et coti- seront plus longtemps », par la suivante, fort peu démagogique, c’est vrai, mais tellement plus proche de la réalité : pour équilibrer les caisses de retraite, il faudrait allonger la durée théorique de cotisation afin de diminuer plus drastiquement encore les pensions des salariés auxquels manquent de nombreux trimestres et années de cotisation. Le rééquilibrage des caisses de retraite se réalisera ainsi, non par la durée accrue de la période cotisée mais par un calcul de pension fondé sur une durée d’acti- vité de travail qu’une infime minorité parvien- dra à réaliser. C’est au final une sévère baisse des pensions de millions de salariés n’ayant pas acquis leurs annuités qui permettra de ré- duire, éventuellement, les déficits des caisses. De minoritaires les pensionnés à taux plein de- viendront ultra-minoritaires tandis que s’effon- dreront les retraites de tous ceux à qui manque- ront 5, 10, 15 ou 20 années de cotisation. En effet, quel emploi retrouver lorsque l’on perd son emploi à 45, 50, 55 ou 60 ans ? Le simple bon sens nous indique que reculer l’âge de la retraite n’a de sens que dans l’hypothèse selon laquelle le salarié est maintenu dans l’emploi. C’est le grand tabou des négociations actuelles dans lesquelles chacun fait mine d’oublier cette donnée fondamentale, laissant espérer un rééquilibrage arithmétique des caisses de retraite par un allongement de la durée de cotisation.

L’espérance de vie, c’est bien connu, a connu une amélioration ces dernières dé- cennies, facteur aggravant le casse-tête de la gestion des retraites. Après s’être accrue de près de cinq ans ces trois dernières décen- nies, elle marque toutefois le pas et régresse légèrement depuis 2006. Aujourd’hui, elle s’élève à 78 ans pour les hommes et 84 pour les femmes. Toutefois, en ce qui concerne notre sujet, l’indicateur très officiel de l’espérance de vie en bonne santé semble nettement mieux adapté. L’espérance de vie en bonne santé (ESVI) indique l’âge moyen auquel l’in- dividu parvient sans incapacité majeure et sans maladie chronique invalidante. Il n’est que de 62 ans pour les hommes et 64 ans pour les femmes, selon les données offi- cielles, ce qui apporte un éclairage différent au débat sur les retraites et aux affirmations péremptoires selon lesquelles il faudrait tra- vailler jusqu’à 67, 68 et demain 70 ou 75 ans. Hors contrainte législative sérieuse, quelle entreprise embauchera ces “seniors” à la santé défaillante ?

L’information concernant une discrimination révoltante à l’égard des Français avait largement circulé en 2011-2012 dans les milieux nationaux et droitiers au sens large, faisant état d’un minimum vieillesse garan- ti à tout étranger, qu’il ait cotisé ou non en France. Sur le site internet de l’Office de l’immigration et de l’intégration (OFII), l’information était on ne peut plus explicite : « Vous n’avez pas travaillé en France ou vous n’avez pas assez travaillé pour avoir des droits à la retraite, vous pouvez deman- der l’allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA) ». S’ensuivaient des montants à faire pâlir l’agriculteur du Cantal, le pe- tit commerçant du quartier ou simplement le salarié modeste à la carrière incomplète. Sans avoir cotisé sur une seule heure de travail, l’étranger bénéficie de l’allocation de solidarité aux personnes âgées dont les montants réévalués s’élèvent aujourd’hui à 792 euros par mois pour l’étranger isolé et 1 229 euros pour le couple. Combien, dans notre entourage, nos familles et parmi les lecteurs de RIVAROL ne bénéficient même pas de ce niveau de retraite ? Pris de panique, les fonctionnaires de l’OFII firent aussitôt disparaître de leur site le fameux « Livret d’accueil des res- sortissants étrangers en France » aux propositions un peu trop alléchantes pour des concitoyens qui s’éveillaient tout douce- ment à la réalité d’une préférence étrangère insolemment étalée. Jusqu’à 2011, cette al- location n’était soumise à aucune condition et les conditions restrictives d’aujourd’hui n’ont certes rien d’insurmontable, diluées dans l’immense cloaque du détournement massif des prestations sociales, véritable pillage organisé par des centaines de ré- seaux mafieux prospérant sur des millions de miséreux venus prendre leur part du gâ- teau confectionné par les autochtones.

À l’égard des Français de souche, la ré- publique se montre infiniment moins com- plaisante et comme l’affirme le bon sens populaire, il faut bien que quelqu’un paie. Ainsi, les partenaires sociaux, administra- teurs des caisses de retraite complémentaire Arrco (non cadres) et Agirc (cadres) ont- ils consenti, devant l’ampleur des déficits, à désindexer le point de retraite complé- mentaire de l’inflation officielle. Depuis le 1er avril de cette année, le décrochage se monte à 1 % pour l’Arrco et 1,25 % pour l’Agirc, le cadre, ce “riche”, devant bien en- tendu subir un rabotage plus sévère au nom d’une solidarité unilatérale commençant à décourager sérieusement les plus passifs d’entre tous. Mais la plupart des journalistes et grands media ont oublié de préciser que la désindexation en question ne constitue en rien une nouveauté, bien au contraire car elle s’appliquait de façon sournoise depuis de nombreuses années sans qu’aucune pu- blicité n’ébruite le sujet. Depuis la création du point unifié Arrco, en 1999, les valeurs de point ont augmenté de 24 % pour l’Arrco et 21 % pour l’Agirc pendant que leur coût d’achat augmentait, lui, respectivement de 39 et 41 %. En langage clair, nous assistons, à cotisation constante, à une dégradation accélérée du montant des retraites, depuis au moins 1999. Par exemple, pour un sa- laire strictement indexé à l’inflation, le sala- rié a acquis 10 % de points en plus de 1999 à 2012 mais a payé, pendant cette période, 27 % de cotisations supplémentaires. Après neutralisation de l’inflation, son pouvoir d’achat a par conséquent baissé de 14 %.

L’argumentation de choc des immigrationnistes n’a eu, depuis quelques décennies, de cesse de nous vanter les nombreuses vertus d’une immigration prolifique volant au se- cours de notre système de retraite par réparti- tion. Le Français, réputé actif sous la couette mais piètrement prolifique, laissait donc importer joyeusement des cohortes d’allo- gènes destinés, c’est certain, à travailler leur vie durant pour combler les déficits sociaux et notamment les régimes de retraite de nos indolents et jouisseurs compatriotes. Avec le recul, la vérité s’avère nettement moins idyllique surtout lorsque Monsieur Glandu a compris que 90 % de l’immigration s’invi- tait à d’autres titres que celui du travail. Au- jourd’hui d’ailleurs, cet argument se trouve étonnamment absent du débat sur les retraites et des manifestations massives sur le sujet. Balayé sous le tapis, il n’aura servi, comme les autres arguments du même acabit, qu’à la sidération de nos contemporains, juste le temps nécessaire pour faciliter l’entrée de quelques millions d’allogènes supplémen- taires sur notre sol. Non, ils ne paieront pas nos retraites, pour des raisons toutes simples et de bon sens. Le système par répartition sup- pose certains équilibres, entre cotisants et bé- néficiaires, une relative stabilité du chômage et des niveaux de salaire et surtout, l’essentiel, une solidarité et un lien social s’appuyant sur une communauté de destin et une certaine ho- mogénéité culturelle, linguistique, religieuse et ethnique. Prenons le risque d’affirmer qu’il ne peut y avoir, à terme, de système distributif par répartition durablement viable dans une nation minée par le communautarisme. Les sollicitations incantatoires des sirènes ultra-li- bérales en faveur d’un système de retraite par capitalisation, aux mains des grands groupes bancaires et d’assurance prennent ici tout leur sens. Les élites censées nous gouverner, anti- cipant le naufrage du modèle social français, œuvrent en coulisse à la substitution d’un mo- dèle social solidaire par un modèle purement capitalistique soumis aux aléas de l’agiotage, du boursicotage et des tripatouillages finan- ciers internationaux. France plurielle oblige.

Arnaud Raffard de Brienne

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