L’Opposition Nationale et la Succession

Source de l’information: Orages d’Acier

L’éventualité de la succession a réveillé les partis, les clubs et les comités. Les salles de rédaction cherchent dans le marc de café le nom du candidat idéal de toutes les oppositions. Au demeurant, le pouvoir semble fort se réjouir de cette agitation. Cette tempête dans le verre d’eau des cercles politiques n’aurait aucun intérêt, si elle ne montrait la disparition de l’opposition nationale. Il y a quelque dix-huit mois, il n’était question que d’elle, au travers de l’O.A.S. A l’époque, elle était la seule opposition. Seule, en avril 1962, elle se prononçait contre le régime, tandis que ce dernier s’unissait pour défendre ses privilégiés, de sa gauche communiste, à sa droite gaulliste. L’échec de l’O.A.S., la répression féroce qui condamne encore à la mort, sont, en premier lieu, responsables de cette disparition apparente de l’opposition nationale. L’absence d’objectifs communs, depuis la mort de l’Algérie française, qui a laissé ses partisans désemparés, est une deuxième explication. La légèreté, l’égocentrisme, l’opportunisme, de la plupart des dirigeants et notables « nationaux », ont achevé de briser intérieurement et de discréditer, aux yeux de l’opinion, une force qui portait en elle plus de valeur que toute autre. Par son avant-garde nationale, l’opposition nationale s’est affirmée, dès 1958, dans l’hostilité la plus résolue au gaullisme, incarnation momentanée et, extrême, de la technocratie. L’année 1959 souda son unité. A la même époque, les partis du régime se groupaient autour du pouvoir gaulliste, par crainte de la poussée révolutionnaire née en Algérie. D’avoir prévu que la sécession algérienne n’apporterait ni la paix, ni le départ des musulmans de métropole, ni la diminution des dépenses publiques, donne à ces vaincus, bonne conscience. Vaincus, oui, mais vaincus honorables, qui voient le régime s’empêtrer dans ses multiples contradictions. L’opposition nationale n’est plus une force. C’est un potentiel. Les tendances diverses existent, certes, mais une puissante solidarité s’est établie dans la répression. L’opposition nationale forme un milieu paria, dont les réactions sentimentales sont uniformes. Le référendum d’avril 1962 permit de décompter son influence électorale : un million huit cent mille voix, auxquelles il faut ajouter, sans douter, quelques trois cent mille rapatriés d’Algérie. Cela représente l’électorat stable d’un grand parti politique, supérieur à celui de la S.F.I.O., infiniment plus réel que ne l’était celui du parti gaulliste en 1958. Ses partisans actifs ont une jeunesse, une énergie, une volonté révolutionnaire sur le plan social, qu’aucune autre force ne peut égaler. Le parti communiste est le premier à s’en inquiéter, lui, dont les militants ont oublié le chemin des prisons et des poteaux, pour défendre la « révolution ». La campagne pour la succession offre l’inestimable intérêt de pousser les nationaux à se poser cette question : « Et nous ? ». Ils sentent qu’ils ont un rôle à jouer, car, seuls, ils représentent l’opposition réelle, celle qui peut, logiquement, prétendre à la succession. Mais ils se savent impuissants, car dispersés, sans chefs, sans moyens, sans organisation, sans buts à proposer. Au lendemain de 1871, les partisans de la Commune étaient fusillés, déportés, pourchassés. Les multiples fractions rivales du Socialisme avaient disparu. Engels pouvait écrire, en septembre 1874 : « L’internationale est complètement finie et a cessé d’exister ». Cependant, aux yeux du peuple, les survivants de la Commune, tout d’abord rejetés, apparurent peu à peu comme les seuls opposants, comme les seuls espoirs de changement. C’est pourquoi, quelques années plus tard, ces hommes donnèrent naissance à ce mouvement socialiste qui, après sa conquête par les Marxistes, devint le parti le plus puissant de France. L’opposition nationale se trouve, aujourd’hui, dans une situation comparable. Paradoxe de l’Histoire, ses chances n’ont jamais été aussi grandes. A la condition qu’elle ne confonde pas sa mission avec des intrigues de politiciens, sa chance est de pouvoir incarner, dans l’avenir, l’opposition totale, donc, la Succession. Place qu’elle ne doit pas se laisser ravir par les communistes, ces collaborateurs du régime. Sa chance est dans le rejet définitif des positions conservatrices qui l’ont jusqu’alors, paralysée ; de « nationale », elle doit devenir nationaliste. Il lui faut échapper à la propagande du régime – écueil que ne sut éviter l’O.A.S. – se libérer des réflexes conditionnés qu’utilise ce dernier pour se défendre. Exploiter à fond ses contradictions. La prise en mains de la société par la technocratie capitaliste, le mandarinat des bureaucraties syndicales, la lèpre des populations de couleur dans nos villes, le statut abusif de l’entreprise privée ou nationalisée, l’aide financière aux pays sous-capables, autant de sujets sur lesquels l’opposition nationale peut se battre demain, avec la certitude qu’aucun autre ne lui ravira la place, avec la garantie d’avoir le peuple pour soi.

Europe Action N° 11, Novembre 1963

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